Partant de cette constatation,
mon père, avec son frère, Gabriel Comte, et quelques amis
lyonnais dont le docteur Louis Monavon, vétérinaire à
St Priest, décida de rassembler toutes informations à ce sujet,
épluchant les annonces de sa collection du " Chasseur Français
" et autres revues pour y trouver les coordonnées d'anciens
éleveurs. Les derniers élevages de l'Allier s'étaient
tournés vers d'autres races de braques plus demandées, comme
le braque allemand.
Ils découvrirent que le dernier élevage possédant des
Bourbonnais au Registre Initial (1ère génération) était
l'élevage " de la Turne " à Lyon dont une femelle
encore vivante mais stérile,
Junon,
née en 1960, appartenait à Mme Martin, du Donjon.
Le
Dr Louis Monavon qui voyait passer beaucoup de chiens dans son cabinet,
leur indiqua plusieurs chiens Bourbonnais de Lyon.
Les nombreux chiens trouvés étaient en fait des bâtards,
que l'on nommait " braques de pays ", et dont l'ascendance bourbonnaise
transparaissait au travers de quelques caractéristiques (queue courte,
taille, couleur de la robe, forme de la tête).
Avec ce cheptel assez hétéroclite,
il restait à produire et sélectionner pour dégager
la souche ancienne. Nombreux sont les bénévoles en Drôme,
Ardèche et Vaucluse qui ont chassé avec des produits de ces
portées que mon père leur confia. Lui se contentait de gérer
la sélection, attendant le moment où il verrait naître
des chiens méritant le qualificatif de braque du Bourbonnais.
Passons sur les détails pour en venir au fait : en 1973, 1974 et 1975, ce moment arriva, et mon père inscrivit ses premiers Bourbonnais au L.O.F. à Titre Initial. Il y avait 10 ans que cela n'était pas arrivé. Voici les papiers de ces premiers Bourbonnais:
Rasteau/Pyrrhus - Igor - Joan - Junior - Java - Quetty
Si nous avons vu naître Igor, Joan, Junior et Java chez nous ou chez d'autres bénévoles, le cas de Rasteau/Pyrrhus et Quetty était différent : Quetty était une femelle indiquée par le docteur Monavon qui était assez bourbonnaise pour être inscrite au L.O.F. Elle était vieille et produit très peu.
Quand
à Rasteau/Pyrrhus, son histoire vaut d'être contée en
détail, tant son importance fut grande dans la race :
Le Dr Bazin Président de la Société Canine du Sud-est
découvrit un jour un magnifique Bourbonnais "fleur de pêcher
" (fauve) qui attendait son maître dans une voiture à
Lyon. Patient, le Dr Bazin attendit aussi, et il s'averra que le maître
était une maîtresse, Mme Barrier-Chauvin, qui travaillait a
l'ORTF. Le chien, Pyrrhus, était sans papiers puisque issu des chiens
de M. Pierre Perret, Joséphine et Napoléon (le chien de la
chanson), tous deux braques allemands.
Il faut savoir qu'à une certaine époque le naisseur établissait
lui-même les pedigree de ses chiens, la S.C.C. qui était alors rue des
Mathurins à Paris officialisait ces pedigree par un tampon
à sec; ceci est une possible explication de ce prodige (un braque
du Bourbonnais issu de deux braque allemands).
Enregistré au LOF a titre initial sous le nom de Rasteau, il fut
le premier de la longue ligne des Bourbonnais ressuscités.

Il y eut également les Braques de Mirepoix de M. et Mme Poma, en mal de reconnaissance qui leur arrivèrent déguisés en Bourbonnais et inscrits au Registre Initial (1ère génération). M. Désiré Henri (éleveur et ancien membre du club des années 30) et Jean Castaing nous mirent en garde contre la consanguinité excessive qui régnait dans cette famille de braques, ce avec juste raison. Ils nous ont donnés des chiens fous mais également le premier champion de printemps (Rocky de la Vallée de Canbière).
Un jour, passant sur le pont qui enjambe l'Ardèche à Vogüé, nous aperçûmes sur la berge une chienne à la robe marron mouchetée qui sembla à mon père bien bourbonnaise. Renseignements pris, la chienne s'appelait Gina, et elle appartenait à M Tahon, qui la présenta au docteur Bazin et l'enregistra plus tard à Titre Initial au L.O.F. sous le nom de Lina.
Plus tard, d'autres sujets furent inscrits à titre initial : Diane, une braque de Paris qui fut inscrite sous le nom de Piruit en 1980, ainsi que Max, de Paris aussi
Il fallait encore combiner
ces nouveaux apports à la souche initiale de manière avisée, car le nombre
de sujets encore réduit ne mettait pas la race à l'abri d'une nouvelle disparition.
Pour cela, mon père fut aidé par des éleveurs qui commencèrent à s'intéresser
à la race : monsieur Barbier (affixe "des Bugadières "), une vieille
connaissance qui élevait des épagneuls bretons, mais se lança dans le Bourbonnais
avec Mousse du Rocher des Jastres. Monsieur Mercier qui acheta Luron du Rocher
des Jastres, et obtint les premiers prix en field trial avec ce chien; il
commença à élever des Bourbonnais, et amena bientôt à la race sa cousine
Françoise Sarret, qui plus tard produisit sous l'affixe "de la Croix
Saint Loup ". Monsieur Jean Régis (affixe "de Julius Forum")
commença son élevage après avoir acheté "Pink du Rocher des Jastres".
Il apparu donc qu'un club regroupant les amateurs de plus en plus nombreux
s'imposait.
©2004 Michaël Comte