Quand vous vous lancez dans l'élevage de chiens de race, vous allez vouloir obtenir des chiots qui auront des caractéristiques le plus proches possibles du chien idéal. Pour un braque du Bourbonnais, vous allez vouloir avoir un chien à queue courte, à poil court, avec une couleur de robe fleur de pécher ou lilas passé, sans grosses tâches, etc... Et en plus, il faudra que vos chiens soient de bons chasseurs.
Vous pourrez estimer
avoir fait du bon travail d'élevage quand vous obtiendrez des portées
aussi homogènes que celle-ci (de Julius de la Croix Saint Loup hors
Erika de la Bénigousse):

Si le but de votre élevage est juste de produire des chiens équilibrés, sans spécialement vouloir faire des champions, ou que vous ne voulez faire qu'une portée a votre chienne, pour garder un chiot et en donner d'autres a vos amis chasseurs, alors soyons clair: n'élevez pas en consanguinité, vous aurez une portée beaucoup moins homogène, mais vos chiens auront beaucoup moins de problème génétiques.
Vous pouvez aller chez
un éleveur, choisir une chienne dans une portée qui vous semble
réunir toutes les caractéristiques physiques désirées,
étudier les carnets de travail de ses géniteurs, et la ramener
chez vous. Vous n'avez plus qu'à choisir un mâle présentant
les mêmes caractéristiques, et vous aurez mis de votre coté
toutes les chances de produire de beaux chiots....
Hélas, ce n'est pas si simple...
Si vous ne choisissez vos géniteurs qu'en fonction de leur phénotype,
vous ne savez pas grand chose de leur génotype. Beaucoup de gènes
récessifs ne sont pas visibles chez vos chiens mais apparaîtront
dans leur descendance.
En fait, vous aurez beaucoup de chance si vous obtenez des résultats
satisfaisants avec une méthode pareille. Spécialement si vous
allez acheter votre lice chez un éleveur professionnel, il y a peu
de chance qu'il vous vende une chienne dont il pense qu'elle aura une belle
descendance, il la gardera pour lui.
Une solution pourrait consister à choisir vos reproducteurs sur les
caractères qui apparaissent chez leurs produits. Ainsi, plutôt
que de faire un choix sur le phénotype constaté, vous faites
votre choix sur le génotype supposé.
La démarche a déjà plus de chance de vous donner satisfaction,
mais elle présente de sérieux inconvénients : il vous
faudra attendre qu'un lice ait fait plusieurs portées devenues adultes
pour la choisir. Difficile à trouver.
Il vous faudra donc, si vous voulez vraiment faire un élevage, commencer
avec une lice dont vous ne connaissez pas totalement la valeur génétique,
et patiemment améliorer ce patrimoine, génération après
génération. Si la lice est belle et qu'elle chasse bien, elle
a des gènes qui vous intéressent, il ne vous reste plus qu'à
renforcer la présence de ces gènes dans votre élevage,
tout en éliminant les défauts qui sont cachées dans son
patrimoine génétique et qui ne manqueront pas de ressortir un
jour.
En fait, le renforcement des gènes désirables et l'élimination
des gènes non désirables se font grâce à la même
technique. Dans les deux cas, pour arriver au résultat, on va augmenter
la consanguinité, et sélectionner les produits.
Vous avez donc ces milliers
d'allèles, qui sont reparties au hasard si vos chiens ne sont pas consanguins
(tout les chiens de race sont un peu consanguins, mais on va négliger
cette consanguinité que vous n'avez pas maîtrisée). En
augmentant la consanguinité, vous allez trier ces gène en mettant
deux par deux les allèles similaire. Certains caractères récessifs
ressortiront, vous éliminerez les mauvais et garderez les bons.
Hélas, vous aurez des difficultés à obtenir des chiens
avec tous les bons caractères et aucun mauvais. Plus la consanguinité
sera poussée, plus le nombre de chiens avec un défaut rédhibitoire
augmentera. Quand vos portées ne vous donneront plus que des chiens
tarés, cela voudra dire que vous êtes allé trop loin.
Mais ce moment arrivera d'autant plus tard que vos chiens de départ
auront un bon patrimoine génétique.
Nous allons maintenant voir les différentes stratégies d'élevage
en consanguinité, mais d'abord, nous allons rappeler deux règles
fondamentales à ne jamais oublier:
-On ne doit élever en consanguinité que
des bons, voire de très bons sujets. Si le patrimoine génétique
de départ de vos chiens n'est pas bon, la consanguinité ne va
rien améliorer.
-Plus on élève en consanguinité,
plus la sélection qu'on effectue doit être sévère,
sous peine de porter un grand tort à la race en diffusant des sujets
tarés.
La première stratégie qui peut être utilisée est
de trouver un très bon mâle, et de faire de la consanguinité
sur lui. Vous allez faire saillir votre femelle par ce champion, garder la
meilleure femelle, et la faire saillir par son père.
Les produits ainsi obtenus auront toutes les chances de ressembler à
leur père, ce qui était le but. Cependant, cette méthode
vous amènera en une génération à un pourcentage
de consanguinité F(COI) de 25% (voir
'Comment calculer un pourcentage de consanguinité' pour
les calculs), ce qui est élevé, d'ou le risque de n'avoir aucun
bon chiot dans votre portée.
Et encore, on a pris comme hypothèse que les géniteurs que vous
utilisez au départ ont un coefficient F de 0%, ce qui n'est pas le
cas. Souvent, un champion aura déjà un coefficient élevé,
ce qui amènera votre portée à des coefficients très
élevés (30%, 40%, voire 50%).
Cette manière de faire de la consanguinité poussée peut
être cependant utilisée avec avantage dans un but de test: quand
vous avez produit un très bon sujet qui brille en exposition et en
field trial, lui faire faire une portée en consanguinité poussée
peut servir à révéler ses défauts avant de l'utiliser
à fond. Si cette portée de test révèle des défauts
graves, vous devez utiliser votre mâle avec discernement, sous peine
de diffuser largement dans la race ce défaut.
Si vous êtes moins pressé, vous attendrez une génération
de plus, et ferez saillir au champion sa petite-fille. Ainsi, F ne sera «que»
de 12,5%, et vous pourrez toujours rajouter une dose des gènes du champion
en croisant les produits avec un fils ou une fille du champion, qui sera l'oncle
ou la tante de vos produits. Cette manière de procéder par petite
touches parait plus prudente, mais bien sur elle prend plus de temps. Elle
vous permet quand même de minimiser les chances d'avoir une première
portée complètement tarée, ce qui hélas arrive
souvent quand on fait de la consanguinité.
Une autre stratégie consiste à marier des individus d'une même
génération.
Là encore, le mariage le plus consanguin, frère/soeur, vous
apportera les résultats les plus rapides avec cependant de grands risques
d'échouer. Il est indispensable avant de se lancer dans une telle entreprise
d'être sur que les géniteurs sont tous deux très bons,
voire exceptionnels, et même que les parents eux même valent vraiment
le coup. En effet, dans ce cas-la, vous faites à la fois de la consanguinité
sur le père et la mère de vos géniteurs.
Mais si le vos deux géniteurs sont très bons, ainsi que leurs
parents, on se demande ce que vous cherchez encore...
Plus sage aussi, est
de marier des demi-frère et soeur, donnant un coefficient F moins élevé,
et vous permettant de maximiser la présence des gènes d'un individu
particulier, le père ou la mère que vos chiens ont en commun,
qui lui est vraiment exceptionnel.
Bon, admettons que vous
avez réussi à obtenir un beau chien qui a une consanguinité
élevée. Que faites-vous maintenant ?
Vous cherchez une chienne, belle aussi, qui soit le moins consanguine possible
avec votre chien, tout en étant elle même consanguine, et vous
leur faites faire des chiots.
Comme votre chien est très consanguin, il est «raceur»,
c'est-à -dire qu'il se reproduit a l'identique (ou presque). Si la chienne
que vous avez choisie est très consanguine aussi, elle est «raceuse» aussi,
donc vous avez maximisé vos chances que vos chiots ressemblent
au père ou à la mère. Donc. Si les deux parents sont
beaux, vos chiots devraient être beaux.
Et pourquoi donc choisir une femelle qui n'est pas consanguine avec votre
mâle ? Parce que vous avez fait beaucoup d'efforts pour obtenir ce mâle
très consanguin, donc vous savez que chaque augmentation de consanguinité
entraîne des problèmes. Donc, si votre mâle est bien raceur,
pas la peine de tenter le diable en voulant faire toujours plus; les chiens
peu consanguins sont souvent plus équilibrés mentalement, et
tombent moins malades. C'est donc ces chiens qui doivent sortir de votre élevage.
Dans le bourbonnais, vu le faible effectif de la race, vous vous rendrez compte
en étudiant les pedigree qu'on n'a pas besoin de faire beaucoup d'efforts
pour avoir de la consanguinité. Tous les chiens que nous avons aujourd'hui
sont issus de quelques sujets que j'ai bien connus et qui n'étaient
pas exempts de défauts. Des générations de sélection
ont permis d'avoir de beaux chiens, mais le nombre de géniteurs vraiment
valables n'est pas très grand. Dans ses meilleurs moments (milieu des
années 90), la race atteignait 170 naissances par an. Aujourd'hui,
on est autour de 100 en France. Nous travaillons donc tous en consanguinité,
nous contentant d'orienter cette consanguinité vers les meilleurs sujets.
Nous avons vu comment augmenter la consanguinité, essayons maintenant
de voir comment la diminuer. Cela peut être utile aussi, quand on est
arrivé à un point ou chaque portée fait ressortir des
tares chez les chiots. En fait, si vous élevez pendant de nombreuses
années, vous en passerez forcement par là . Préserver
la diversité génétique dans la race est indispensable,
et le but «100% homozygote» ne peut pas être atteint car beaucoup
de gènes, inoffensif dans leur forme hétérozygote, sont
létaux sous leur forme homozygote (ceci explique pourquoi le nombre
de chiots par portée diminue quand la consanguinité augmente).
Donc vous êtes allé trop loin en consanguinité, et vous
cherchez du sang neuf, allez voir le chapitre suivant sur la retrempe pour
savoir comment faire.